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09:38 GMT
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ENVIRONNEMENT-SPORT:
Les archéologues chiliens soulignent les dégâts écologiques du rallye Dakar
Marianela Jarroud

SANTIAGO, 13 janvier (IPS) - Selon ses détracteurs le rallye Dakar qui se court depuis 4 ans en Amérique du sud est un fléau pour l'héritage archéologique et naturel de la région.


Le Dakar est entré au Chili mercredi 9 janvier. Et, selon des chiffres officiels, les quatre dernières éditions du rallye ont déjà détruit plus de 200 sites archéologiques dans le nord du pays. Les principales victimes sont les géoglyphes – des dessins sur les roches des collines et les plaines – mais aussi des sentiers de la Piste Inca et des vestiges d'habitations ou d'outillages lithiques, autant d'éléments étudiés par les scientifiques.

« De nombreux éléments qui permettent d'articuler notre compréhension de la préhistoire disparaissent ainsi, et chaque fois qu'un site est détruit c'est comme si un livre brûlait », s'emporte l'archéologue Paola Gonzalez. « Au Chili, nous avons tout juste 500 ans d'histoire documentée par des écrits. Mais ce n'est qu'en étudiant ces vestiges que l'on peut comprendre les 20 000 ans précédents », explique-t-elle.

« En raison des conditions climatiques, le désert chilien est un endroit privilégié pour la conservation de ces vestiges archéologiques », poursuit l'archéologue qui juge « terribles » les destructions provoquées par le Dakar. En vertu de la loi sur les Monuments nationaux, ce sont 17 288 sites archéologiques et paléontologiques qui sont propriété de l’État chilien. Et la destruction de monuments est un délit qui peut être puni par une amende, voire une peine de prison.

Aucune mesure de protection

Le 34ème édition du Dakar débuté le 5 janvier au Pérou. Pour la cinquième année consécutive ses concurrents roulent sur le sol sud-américain. Après le Pérou, les pilotes sont entrée au Chili le 9 janvier, avant de faire un détour par l'Argentine et de revenir au Chili, jusqu'à l'arrivée le 19 janvier. L'événement organisé par la société Amaury Sport Organisation (ASO) fait figurer 459 véhicules, dont 189 motos, 155 voitures, 75 camions et 40 quads. Le directeur du rallye, Étienne Lavigne, a certifié avant le début de cette édition que toutes les mesures nécessaires ont été prises pour assurer la protection de l'environnement et éviter d'endommager l'héritage historique des trois pays traversés.

De son côté, l'Institut National des Sports, qui coordonne l'événement côté chilien, assure que le rallye ne passe pas près de vestiges archéologiques. « Un mensonge flagrant », rétorque le Collège des archéologues. « Ce que nous observons, année après année, c'est une destruction massive des sites », dénonce Paola Gonzalez, vice-présidente de cette association.

La loi chilienne stipule explicitement que tout activité risquant d'affecter un site sous protection officielle doit être soumis à une étude d'impact environnementale, ajoute-t-elle. Or, à ce jour, aucune mesure de protection n'a été mis en œuvre.

La situation a même poussé le Conseil des Monuments Nationaux (CMN) à demander une intervention du Conseil de Défense de l'Etat, la plus haute instance juridique. Il souligne que « depuis 2008 jusqu'à la dernière édition du rallye, le Conseil des Monuments Nationaux a réclamé des évaluations paléontologiques et archéologiques à l'Institut national des sports, qui coordonne le Dakar au Chili ». Et ajoute : « Jusqu'à ce jour, les demandes du CMN n'ont pas obtenu de réponse ».

Fleurs du désert

Luis Mariano Rendón, coordinateur de l'ONG Action Ecologique, n'a de son côté « aucun doute sur les conséquences néfastes du rallye Dakar au Chili » et critique le fait que « les autorité judiciaires, comme les gouvernements qui le soutiennent, ont choisi de regarder ailleurs ».

L'écologiste souligne que « la plupart des gens imaginent que dans le désert, il n'y a rien. Mais de nombreuses zones abritent des formes de vie extrêmement fragiles. Il y a par exemple l'extraordinaire phénomène de fleurissement (desert bloom) du désert d'Atacama [ou passe le rallye], le plus sec du monde ». Et il n'y a pas que les dommages directement causés à la nature. Le Dakar, souligne Luis Mariano Rendón, « promeut l'usage des 4x4, et fait la publicité à l'échelle mondiale » de ces véhicules « qui ont le plus fort impact en terme de sécurité routière et de consommation de carburant ».

Pour Paola Gonzalez, il est urgent d'en finir avec l'expérience du Dakar afin de mettre un terme à la destruction de l'héritage historique du Chili et d'Amérique du Sud. Une réunion conjointe est prévue prochainement avec des archéologues et des écologistes du Pérou.

Au Chili, la contestation a reçu en décembre le soutien de l'UNESCO et les opposants envisagent de saisir la Cour international de justice si les tribunaux locaux ne donnent pas suite à leurs plaintes.

(FIN/IPS/2013)