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CHANGEMENT CLIMATIQUE:
Doha s'achève sans aucun engagement nouveau
Stephen Leahy

DOHA, 10 décembre (IPS) - Encore un accord a minima. A l'issue de la conférence des Nations Unies sur le climat, pas d'objectif renforcé de réductions des émissions, et aucune promesse financière pour les années 2013-2015.


« C'est un accord extrêmement faible », commente Samantha Smith, représentante du Climate Action Network, coalition de plus de 700 organisations de la société civile. « Les gouvernements sont venus ici sans mandat pour agir », a-t-elle dénoncé à l'issue de la conférence de Doha, ou COP 18. Les 195 États membres de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) ont approuvé à l'arraché, dimanche 9 décembre, un accord complexe, nommé « Doha Climate Gateway », ou « Passerelle de Doha ».

Celui-ci crée une seconde phase du protocole de Kyoto, un cadre dans lequel les pays industrialisés s'engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 2013 et 2020, mais sans fixer de nouveaux objectifs. On ne trouve pas non plus dans le texte de nouveaux engagements financiers pour aider les pays les plus pauvres à faire face aux impacts du changement climatique, mais simplement un accord pour poursuivre les discussions en 2013. Les négociations l'année prochaine devront prévoir un « mécanisme » pour évaluer les conséquences et les coûts subis par ces pays.

En fait, l'accord se contente essentiellement de fixer le cadre de deux ans de négociations supplémentaires en vue d'un nouveau traité global qui entrerait en vigueur en 2020.

Blocage des États-Unis et du Canada

« Le processus des COP est très décevant », juge Laura Lopez Baltodano, de l'ONG environnementale Centro Humboldt Nicaragua, qui a assisté aux deux précédentes conférences. « Il est parfaitement clair que ce sont les intérêts économiques des États qui dominent les négociations ». Les pays sont avant tout influencés par le secteur industriel, tandis que la voix et l'influence de la société civile sont réduites au minimum, dénonce-t-elle. « Il y a un immense espace auquel nous ne pouvons pas accéder » (Lire aussi : 'À Doha, pas de place pour les jeunes et la société civile').

« Il était impossible que tout le monde sorte d'ici en souriant... et moi aussi, je suis déçu », a commenté Abdullah bin Hamad Al-Attiyah. Le Qatari qui présidait la COP 18 nous a expliqué avoir été surpris de voir les États vouloir procéder à tant de changements au cours des deux semaines de négociations, et jusque dans les dernières heures. Abdullah bin Hamad Al-Attiyah qualifie malgré tout l'accord d'« historique ».

Mais la conférence de Doha ne permettra en aucun cas de réduire les émissions qui conduisent à un réchauffement de la planète supérieur à 4°C, assène Samantha Smith. Elle pointe du doigt les États-Unis et le Canada, qui ont bloqué toute avancée sur les sujets cruciaux. Le Canada notamment, qui profite de gigantesques opérations d'extraction de sables bitumineux, s'est montré « super-obstructif sur les financements ».

Les pays industrialisés se sont engagés à verser 100 milliards de dollars d'ici à 2020 dans un « Fonds vert pour le climat ». Pour faire face jusqu'à cette date, les pays en développement ont demandé une étape à 60 milliards de dollars en 2015. La Grande-Bretagne, l'Allemagne et quelques autres pays ont promis de verser 6 milliards, mais sans la moindre obligation.

Pertes et préjudices, encore un an de délai

Le débat sur les 'pertes et préjudices' aura été l'un des plus intenses lors des réunions à huis-clos. Les États-Unis se sont opposés aux États insulaires comme les Philippines, durement impactés par des cyclones de plus en plus ravageurs et la montée du niveau des océans. Selon une source anonyme, les négociateurs US ont bloqué toute référence impliquant une compensation ou une reconnaissance des dommages, admettant ouvertement que cela ne cadrait pas avec leurs intérêts nationaux.

En 2010, la COP 16 à Cancun avait débouché sur un premier accord visant à trouver les moyens de répondre aux pertes et préjudices causés par l'impact du changement climatique – que ce soit les phénomènes extrêmes mais aussi les changements à plus long terme, tels que la hausse du niveau des mers, l'acidification des océans, la perte de la biodiversité ou la désertification. Les pays en développement voulaient une nouvelle institution, un nouveau cadre, pour traiter cette question. Mais les États-Unis s'y opposent. Le compromis de Doha se contente d'évoquer un « nouveau mécanisme » à créer en 2013.

« Les pertes et préjudices sont un sujet majeur en Amérique centrale. Nous sommes extrêmement vulnérables face aux impacts du changement climatique », souligne Laura Lopez Baltodano. « Le Honduras et le Nicaragua sont les premier et troisième pays les plus exposés, selon l'Indice du Risque Climatique ».

Cet Indice développé par l'association allemande Germanwatch (ici en anglais) a été dévoilé durant la conférence de Doha. Il souligne que ces deux pays ont été particulièrement affectés en terme de pertes de vies humaines et de dégâts au cours des 20 dernières années. En 2011, ce sont la Thaïlande, le Cambodge, le Pakistan et El Salvador qui ont été les plus touchés par les phénomènes climatiques extrêmes.

Seulement 12% des émissions concernées par « Kyoto 2 »

Autre point essentiel de l'accord de Doha : la mise en œuvre d'une deuxième phase du protocole de Kyoto pour les années 2013 à 2020. Les pays en développement estimaient crucial de créer cette nouvelle phase, car le protocole est un cadre juridique qui contraint les États à baisser les émissions de GES et à mesurer et vérifier les niveaux d'émissions.

Pour autant, le nouveau protocole n'intègre que l'Union européenne, l'Australie et de rares autres États, qui ne représentent au total que 12% des émissions de GES. Les États-Unis n'ont jamais intégré le protocole de Kyoto, tandis que le Canada et le Japon se sont désengagés de cette seconde phase.

Et aucun des pays qui s'y sont engagés n'ont renforcé leurs engagements existants. Ils ont simplement accepté une révision obligatoire de leurs objectifs de réduction en 2014. Les pays riches en dehors du protocole ont promis de poursuivre leurs réductions sur la même voie, mais n'ont rien proposé de nouveau à Doha.

L'issue de la COP 18 conduit le monde sur la voie d'un réchauffement de 3, 4 ou même 5 degrés, estime le délégué le l'île-Etat de Nauru, dans le Pacifique sud, qui représentait l'Alliance des petits États insulaires. « Les discussions ne devraient pas concerner le confort dans lequel vos peuples [dans les pays développés] doivent vivre, mais la manière dont nos peuples vivent », a déclaré Kieren Keke lors de la plénière finale. « C'est la vie de nos peuples qui est en jeu ici ».

(FIN/IPS/2012)

* Cet article a été initialement publié dans les journaux latino-américains du réseau Tierramérica. Tierramérica est un service de presse spécialisé de l'agence IPS, avec le soutien du PNUD, du Programme pour l'environnement des Nations Unies et de la Banque Mondiale.