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19:52 GMT
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FEMMES-EGYPTE:
En Égypte, les harceleurs harcelés
Mel Frykberg

CAIRE, 02 novembre (IPS) - Face au fléau des agressions sexuelles en Égypte, des militant-e-s ont choisi d'agir en rendant aux agresseurs la monnaie de leur pièce. Tandis que les autorités semblent enfin décidées à répondre.


Un jeune homme en jeans délavés, les cheveux gominés soigneusement coiffés en crête, se retrouve soudain encerclé par un groupe d'autres jeunes hommes. Eux portent des blousons vert fluorescent bardés de logos dénonçant le harcèlement sexuel.

Surpris, le jeune homme se retrouve immobilisé. Il est alors frappé légèrement sur les deux joues et son visage est marqué de noir. Après des remontrances sur son mauvais comportement, on note son signalement et le jeune homme est relâché, très embarrassé, tandis qu'une foule de curieux s'assemble autour de lui. Cette scène se passe dans le centre du Caire. De nombreuses autres comme celle-ci ont été rapportées et filmées récemment. Certains des hommes ainsi « interpellés » étaient déjà marqués au mercurochrome, que leur avaient jeté des jeunes femmes armées de pistolets remplis de ce liquide, comme d'autres ont des bombes lacrymogènes.

Patrouilles

En raison du fléau du harcèlement sexuel, auquel les autorités égyptiennes ne semblent pas prêtes à répondre, les femmes égyptiennes ont pris les choses en main en organisant des campagnes anti-harcèlement. Au mois d'août, le Conseil national des femmes a lancé une campagne nationale de « Patrouilles contre le harcèlement sexuel ». Et ces actions sont soutenues par un nombre croissant de jeunes hommes qui ont formé des équipes anti-harcèlement.

Selon la police égyptienne et le ministère de l'Intérieur, pas moins de 172 hommes ont été arrêtés sur des motifs de harcèlement ou agression sexuelle pendant les deux premiers jours de l'Aid Al Adha, l'une des fêtes les plus saintes de l'Islam. La majorité de ces arrestations ont eu lieu au Caire, mais d'autres parties du pays étaient également concernées.

Selon les militants derrière l'initiative « Témoin de harcèlement », plus de 60% des femmes qui étaient dans le centre du Caire vendredi 26 octobre, premier jour de l'Aid, ont subi une forme de harcèlement sexuel. Les périodes de fête entraînent une recrudescence de ces actes.

Pour l'Aid, des lignes téléphoniques ont été mises en place pour les femmes, et des équipes anti-harcèlement patrouillaient dans les zones sensibles du Caire. Ils ont rapporté de nombreuses situations où des groupes d'hommes s'en prenaient à des femmes. L'une d'elle impliquait une quarantaine d'hommes, qui attaquaient une cinquantaine de jeunes filles.

Le voile ne protège pas

L'intimidation sexuelle est un problème récurrent en Égypte Selon une enquête réalisée en 2008 par le Centre Égyptien des Droits des Femmes, 83% des Égyptiennes et 98% des étrangères dans le pays ont été confrontées au moins une fois au harcèlement sexuel.

Anticipant la période de l'Aid, des membres du mouvement « Arrêtez un harceleur » et de l'Institut démocratique égyptien de Baharia ont organisé une manifestation silencieuse, la semaine dernière, dans la ville de Damanhour, dans le delta du Nil, au nord du pays.

Ils tenaient des panneaux sur lesquels on pouvait lire, par exemple : « Le fait que tu n'aimes pas ma manière de m'habiller est-il une excuse pour m'agresser ? Et même si c'est le cas, pourquoi m'agresses-tu même si je suis voilée ? ». Car même des musulmanes conservatrices, aux cheveux couverts, sont la cible de harceleurs ; aussi bien que des femmes en niqab, qui couvrent entièrement leur corps, ne laissant que leurs yeux visibles.

Pendant la révolution égyptienne, et les nombreuses manifestations qui ont suivi sur la place Tahrir au Caire, des groupes d'hommes ont aussi attaqué des manifestantes, profitant de l'absence de la police et de l'anonymat offert par la foule.

Des militants ont rapporté que certaines de ces attaques étaient organisées délibérément par des membres du régime déchu de Moubarak pour intimider les militantes. D'autres prédateurs sexuels, toutefois, agissent spontanément. Le gouvernement prêt à agir ?

Plusieurs journalistes étrangères ont également été agressées place Tahrir. Lors de la révolution, l'atroce attaque contre la correspondante sud-africaine de CBS, Lara Logan, a fait les gros titres de la presse internationale. La dernière agression remonte à quelques jours : la correspondante de France 24 Sonia Dridi s'est retrouvée cernée par un groupe de jeunes hommes alors qu'elle était en reportage dans la capitale. Après avoir subi des attouchements pendant plusieurs minutes, elle a pu être sauvée par un autre journaliste qui l'a conduite en lieu sûr.

Le nombre croissant d'attaques a poussé le gouvernement à agir, malgré ses réticences. Lundi dernier, le premier ministre Hesham Qandil a annoncé que le gouvernement préparait un texte de loi qui durcirait les peines à l'encontre des agresseurs sexuels.

Par ailleurs, les autorités ont annoncé qu'elles prévoyaient de créer un réseau de surveillance dans les rues et sur les places principales du Caire pour combattre le phénomène. Les visages des agresseurs seront diffusées à la télévision et sur internet, ont-elles également annoncé.

Pour autant, les militants déplorent l'incapacité de la police à agir, même quand elle possède des informations sur les agresseurs. La plupart du temps, dénoncent-ils, les autorités se contentent d'interroger les personnes interpellées, sans engager de poursuites.

(FIN/IPS/2012)