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14:46 GMT
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FEMMES-PAKISTAN:
Pakistanaises qui luttent contre les armes à l'aide de livres
Ashfaq Yusufzai

PESHAWAR, 16 octobre (IPS) - L'adolescente et militante pakistanaise Malala Yousafzai, grièvement blessée dans une tentative d'assassinat, est un exemple pour toutes les jeunes filles dans une région où les talibans continuent de s'attaquer aux écoles.


« Malala est une source d'inspiration pour toutes les élèves de Swat », explique Shazia Begum à IPS, depuis l'hôpital militaire de Peshawar. Elle est l'une des trois adolescentes blessées lors de l'attaque qui a visé la collégienne pakistanaise Malala Yousafzai, le 9 octobre dans le district de Swat. Malala Yousafzai, 14 ans, a été transférée jeudi 11 octobre de Peshawar à Rawalpindi, près d'Islamabad, dans un autre hôpital militaire. Deux jours plus tôt elle a reçu une balle dans la tête lors de la tentative d'assassinat qui l'a visée, alors qu'elle rentrait en bus de l'école. Malgré une amélioration, elle reste dans un état critique.

« Ses articles pour la BBC nous ont donné espoir et ont renforcé notre amour pour l'éducation. Elle nous a encouragées à aller à l'école alors que les talibans l'interdisaient », raconte Shazia Begum.

Message d'espoir

Son exemple a aidé le gouvernement, confirme à IPS le ministre de l'information de la province de Khyber Pakhtunkhwa, Mian Iftikhar Hussain. Bien qu'étant sur la liste noire des talibans, Malala Yousafzai n'a jamais manqué l'école, et cela a encouragé les autres filles scolarisées, alors que Swat était ravagé par la violence.

Swat, l'un des 25 districts de la province, est resté sous le contrôle des talibans entre 2007 et 2009. Durant cette période, ils ont détruit environ 500 écoles, empêchant 80 000 élèves d'aller en cours. Les talibans ont finis par être chassés en 2010 suite à une offensive militaire.

« Tous les jours, ils pendaient des corps d'opposants à des poteaux électriques, après les avoir exécutés », raconte à IPS la parlementaire Bushra Gohar. « Les habitants de Swat se taisaient par crainte de représailles, et Malala a été une bénédiction, un exemple pour les femmes mais aussi pour les hommes ».

Le président du parti pakistanais Tehreek Insaf, Imran Khan, qui s'est rendu à son chevet le 10 octobre, salue lui aussi le courage de Malala : « Quand tout le monde était en hibernation, effrayé par les talibans, elle est restée ferme, portant un message d'espoir pour toutes les écolières ». Elle savait que ses critiques répétées lui valaient la haine des talibans, mais elle a refusé toute protection. Cela aussi témoigne de sa bravoure, a ajouté Imran Khan.

Récompense

Au côté de son père, Ziauddin Yousafzai, un enseignant et militant social, Malala avait soutenu l'accord de paix signé en 2009. Mais au lieu de rendre les armes, les combattants talibans ont commencé à opérer depuis le district voisin de Buner. Malala et sa famille ont alors dû fuir les violences. Elle a raconté son expérience tout au long de cette période sur un blog hébergé par la BBC, sous le nom de plume de Gul Makai.

Les menaces sur sa vie se sont accrues quand elle a reçu le premier Prix national pour la Paix, en décembre 2011, en reconnaissance de ses services pour l'éducation et la paix. Elle a également figuré parmi les nominés au Prix international de la Paix pour les enfants, décerné par l'ONG néerlandaise KidsRights.

Le ministre de l'information du Khyber Pakhtunkhwa a annoncé une récompense de 10 millions de roupies (environ 80 000 Euros) pour toute information conduisant à l'arrestation des auteurs de l'attaque contre Malala Yousufzai. Il a promis que l’État prendrait à sa charge toutes les dépenses d'hospitalisation de la jeune fille, dans le pays ou à l'étranger, et qu'il assurerait la sécurité de sa famille.

« Nous poursuivrons les terroristes qui ont tiré sur Malala et les conduirons devant la justice. Ils ne survivront pas longtemps », a assuré le ministre Mian Iftikhar Hussain. Le fait que les talibans s'attaquent désormais à des enfants est un signe de faiblesse et de désespoir, a-t-il ajouté.

Faire bloc

Dans toute la province de Khyber Pakhtunkhwa, les élèves ont été bouleversés par la tentative d'assassinat contre Malala. Une pluie de manifestations sont venues condamner la barbarie des talibans.

Spogmay, étudiante à Peshawar, défile, banderole à la main, dans l'une de ces manifestations. « Nous sommes profondément choqués par cette attaque contre Malala, qui est comme notre sœur. Nous l'avons toujours suivie dans son combat contre les intégristes et pour protéger les écoles ». Elle assure à IPS que les étudiantes font bloc pour protéger leurs écoles.

C'est en 2008 que les talibans ont commencé à s'attaquer aux écoles, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa et les Zones Tribales voisines. « Celles qui apprennent l'anglais et reçoivent une éducation moderne dans ces écoles ne sont pas musulmanes. L'Islam ne tolère pas l'éducation des filles, les talibans ne toléreront donc pas ces écoles », a signifié à des journalistes Ihsanullah Ihsan, un porte-parole des talibans.

Les attaques contre des bâtiments scolaires se poursuivent. « Ils mènent leurs opérations principalement de nuit », explique à IPS Sardar Hussain Babak, ministre de l’Éducation du Khyber Pakhtunkhwa. « Ils lancent des explosifs qui détruisent ou endommagent les écoles ». Environ 200 écoles frappées par les talibans ont été reconstruites à Swat. Pour les autres élèves, les cours sont dispensés dans des tentes.

Pour une école que les intégristes détruisent, cent seront reconstruites, assure le ministre. Selon lui, le gouvernement dispose pour les deux prochaines années d'un budget de 350 millions d'euros pour promouvoir l'éducation. Et tout particulièrement pour les filles. « Nous portons d'autant plus d'attention à l'éducation des filles qu'elles sont les premières à subir les coups des talibans », assure Sardar Hussain Babak.

(FIN/IPS/2012)