FEMMES-CONGO: Des blogs pour les femmes battues
Annette Kouamba Matondo KIVU, 03 juillet (IPS) - (InfoSud/Syfia/CRP) Au Congo, plusieurs femmes battues racontent leur calvaire
sur un blog. Leurs témoignages représentent une libération pour elles-mêmes et
pour d'autres victimes. Quant aux associations, elles trouvent là un outil
rapide et efficace de communication et d'échange d'informations.
"Un jour, j’ai reçu la visite de ma petite sœur et de son collègue de
travail. Pour mon mari, ce dernier était mon amant. Après leur visite, il
m’a battue et m’a menacée avec une arme blanche. Cela s’est répété plusieurs
fois jusqu’au jour où j’ai décidé de le quitter (…)", témoigne en substance
Hortense, sur le blog de l’Association femmes solidaires (AFS). Sur le même
site, Élise raconte aussi son histoire : "J’étais enceinte. À l’hôpital, le
test a révélé que j'étais séropositive. Quand mon compagnon a su que son
test était négatif, il a commencé à me maltraiter physiquement et
psychologiquement jusqu’à dévoiler mon statut. Cela a duré six mois, puis un
de mes frères m'a délivrée de lui (…)".
Sur Internet, ces victimes ont trouvé un soutien. "Si mon témoignage peut
aider d’autres Congolaises à parler de leurs problèmes (coups, injures, main
mise sur l'argent, Ndlr), cela ne peut que me réjouir", se félicite Élise.
De son côté, Hortense avoue avoir eu "un choc" la première fois qu'elle est
allée sur Internet : "Quand j’ai lu les témoignages, j’ai réalisé que je
n’étais pas la seule à être battue. J’encourage les femmes à créer leur
blog." "Ces aveux permettent aux visiteurs d’avoir une idée des violences
faites aux femmes et aident les victimes à dénoncer leurs partenaires et à
se sentir moins seules", résume Arlette Bakou, chargée de coopération
multilatérale au ministère de la Promotion et de l’Intégration de la femme
au développement.
Pour les associations spécialisées, cet espace de liberté a aussi son
utilité. "Cet outil permet de travailler en réseau avec des OSC et peut
servir de vitrine pour une association", explique Alain Ndalla, directeur au
ministère des Postes et des Télécommunications chargé des nouvelles
technologies. "J'entrevois la collaboration possible avec d’autres
associations : partage d’expérience, annonce de nos travaux et invitations a
participer à nos activités", précise Sylvie Mfoutou de l’Association pour
les droits de l’homme et l’univers carcéral.
"Espaces d’expression et de réflexion"
Vivienne Dzobo, de l’Agence régionale d’information et de prévention du
sida, est, elle, devenue fan de ce moyen de communication depuis un an
qu'elle met à jour le blog de cette association qui traite aussi des viols
conjugaux : "Je reçois des réactions et des suggestions. Des OSC viennent me
voir pour que je parle de leurs activités. Certaines femmes me demandent des
adresses de gens à contacter quand elles sont victimes de violences au sein
de leur foyer." Vivienne espère que ce blog "sera un miroir pour notre
structure, qu’il suscitera des partenariats et attirera des subventions pour
nos prochaines activités."
Même si le taux de fréquentation reste minime (à peu près une visite par
mois selon les blogs), on constate une volonté de maîtriser cet outil de la
part de certaines OSC congolaises. "Quand on est dans le bain, on reste
scotché pendant des heures à échanger et discuter sur un document. Ce
support permet de gagner du temps et d'échanger avec des internautes du
monde entier !", prêche Arlette, qui a son propre blog, mais reste lucide en
raison de la faible présence des Congolaises sur Internet.
Une préoccupation relayée par Sylvie Niombo, coordinatrice d’Azur
Développement : "Elles ne sont pas nombreuses à utiliser les blogs et se
limitent aux mails. Cet espace n’a pas encore la renommée qu’il mérite dans
les rangs des OSC. À cela s'ajoute le coût de la navigation, l’accès
difficile à Internet et les interminables coupures d’électricité." Sylvie
reste cependant optimiste, convaincue de l'utilité de "ces journaux en
ligne, espaces d’expression et de réflexion enrichissants."