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19:39 GMT
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SANTE-OUGANDA:
La lutte contre la contrefaçon se fait-elle au détriment des malades ougandais ?
Wambi Michael

KAMPALA, 16 mars (IPS) - L'Ouganda prépare une nouvelle loi visant à lutter contre l'importation de médicaments contrefaits à bas prix. L'Union européenne finance la préparation d’un projet de loi en ce sens. Mais les détracteurs de ce projet estiment que la définition de la contrefaçon est si large dans le texte que la production ou l'importation de médicaments génériques - des copies bon marché de médicaments connus – pourraient notamment tomber sous le coup de la nouvelle législation. Ce qui menace de rendre des traitements médicaux contre le sida ou le paludisme carrément inaccessible pour la majorité des Ougandais. Ce pays pauvre doit importer 90 % de ses médicaments dont 93 % sont des produits génériques.

Simon Lokodo, le ministre ougandais de l'Industrie, a confirmé le soutien de l'Union européenne dans l’élaboration de la nouvelle législation. « Grâce à l'argent, nous avons pu recruter une personne qui nous a aidé à élucider l'affaire et nous a permis de travailler avec d'autres partenaires. La proposition est maintenant à l’ordre du jour du gouvernement ougandais ». Le ministre Lokodo n’y voit aucun problème. "Tout le monde voit que nos marchés sont inondés par la contrefaçon. Cela affecte tout le monde et nos entreprises en souffrent également. Je pense que nous ferions bien de coopérer avec l'UE et d'autres partenaires pour lutter contre la contrefaçon".

Confusion

La délégation de l'UE en Ouganda affirme que le projet de loi ne vise pas l'importation des médicaments mais « seulement les personnes qui violent les droits de propriété intellectuelle. La contrefaçon ne doit pas être confondue avec des médicaments génériques », a rappelé Alex Nakajjo de la délégation européenne. L'Ouganda est parmi les pays les moins avancés en matière de développement et doit, selon l'Organisation mondiale du commerce, faire le nécessaire pour protéger d’ici 2016 les brevets sur les médicaments. Selon Nakajjo, l'UE s'est engagée face aux populations des pays en voie de développement à rendre l’accès plus facile aux médicaments génériques.

Pourtant le projet de loi ougandais ne fait aucune distinction entre les médicaments génériques juridiquement inattaquables et la contrefaçon, d’après le PIJIP, un programme de l'Université de droit à Washington qui aide les pays en voie de développement à avoir accès plus facilement aux médicaments génériques.

Pour Sisule Musungu, expert ougandais en matière de brevets, il est clair que le projet de loi ne vise pas à protéger la population ougandaise contre les médicaments contrefaits. La preuve serait que le projet de loi en question soit traité par le ministère du Commerce et non celui de la Santé.

Musungu n’est pas non plus surpris par le rôle que joue l'Europe dans ce dossier. D’après lui, les droits de propriété intellectuelle sont de plus en plus importants pour l'UE, depuis que des pays comme le Brésil, l’Inde ou la Chine sont désormais devenus imbattables dans le commerce des produits agricoles ou des biens industriels. Il existe actuellement beaucoup de résistances dans les pays en voie de développement à faire des concessions en termes de droits de propriété intellectuelle. En luttant contre la contrefaçon, certaines objections peuvent être contournées.

D'autres experts juridiques rappellent que l'Ouganda dispose déjà des lois nécessaires pour lutter vraiment à la contrefaçon.

(FIN/IPS/2010)