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SERBIE-RELIGIONS:
L’ascension d’un patriarche modéré nourrit l'espoir européen de la Serbie
Vesna Peric Zimonjic

BELGRADE, 02 février (IPS) - L'élection du modéré Irinej Gavrilovic comme patriarche de l'influente église orthodoxe serbe nourrit l'espoir d’une future adhésion de la Serbie à l'Union européenne et tourne les pages de la douloureuse histoire de la guerre des Balkans.

L'élection de l'octogénaire Irinej Gavrilovic par les évêques de l'église orthodoxe serbe est perçu comme un événement "très important" en Serbie, explique l’analyste religieux Mirko Djordjevic. "Il est l'un de ses personnages qui n’a aucune référence biographique extrémiste".

Irinej Gavrilovic, évêque de Nis dans le sud de la Serbie va remplacer le patriarche Pavle, qui est décédé en novembre dernier à l’âge de 95 ans. L’élection de Gavrilovic met fin à une bataille entre les radicaux et les réformateurs de l'église orthodoxe serbe.

Le pouvoir de l'église orthodoxe serbe a considérablement augmenté ces vingt dernières années. Cette institution religieuse a joué un rôle prépondérant lors des guerres balkaniques des années nonante, la montée du nationalisme serbe faisant suite à la chute du communisme. L'église a justifié, lors des guerres en Bosnie et en Croatie, la défense des Serbes en martelant que "les Serbes n’avaient commis aucun crime de guerre". L'intolérance

Ces vues étaient tellement répandues qu'il était devenu difficile de penser autrement dans le pays. Le bilan total des victimes durant les guerres des années nonante s'élève à plus de cent mille et il est encore difficile de croire à une possible réconciliation avec les pays voisins.

"Il y a toujours des moments difficiles, mais le nouveau patriarche est connu pour sa modération, sa tolérance, son sens de responsabilité et son engagement envers le peuple. Il pourra mener l’église et ses fidèles vers une nouvelle route", estime l’analyste Zivica Tucic. "Les problèmes modernes tels que le chômage, la relance économique et la pauvreté sont au même niveau que des thèmes religieux traditionnels qui apparaissent comme de véritables défis pour l'église orthodoxe serbe".

Le nouveau patriarche a déclaré lors d'une conférence la semaine dernière que "les questions sociales sont importantes". C'était la première fois qu'un chef de l'église orthodoxe serbe a donné une conférence de presse. Cette initiative a surpris à la fois les médias et le public.

Europe

Le nouveau patriarche a également plaidé pour l'adhésion de la Serbie à l'Union européenne, un point sensible pour les nationalistes qui craignent que l'identité serbe soit diluée. Plus des trois quarts des Serbes soutiennent cette adhésion qui est attendue d’ici une décennie mais les opposants se font également bien entendre et ils sont nombreux dans les hautes sphères.

"Historiquement, nous appartenons à l'Europe", a déclaré le patriarche. "Toute forme de rapprochement est constructive et nous espérons que l'Europe respectera notre religion".

Le patriarche a également exprimé l'espoir que les églises orthodoxe et catholique, qui se sont séparés au XIe siècle, puissent se remettre ensemble pour former une seule église chrétienne. Il considère le jour anniversaire de l'Edit de Milan, en 2013, comme une occasion importante pour réaliser cette réunification. Vieux de 1300 ans, ce texte représente un jalon dans l'histoire du christianisme. L'empereur romain Constantin avait décrété que les Romains pouvaient choisir leur propre religion signant ainsi la fin des persécutions chrétiennes au sein de la population.

(FIN/IPS/2010)