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CONGO-BRAZZAVILLE:
Des prostituées tiennent plus à la vie qu’à l’argent
John Ndinga-Ngoma

POINTE-NOIRE, 1 décembre (InfoSud) (IPS) - Plus question de rapports sans préservatifs. Les professionnelles du sexe de Pointe-Noire, au Congo, ont pris conscience des risques de leur métier, en particulier du sida, grâce à l'association créée par plusieurs d'entre elles. Aujourd'hui, elles se montrent intransigeantes avec leurs clients, quelle que soit la somme qu'ils leur proposent.

Âgée de quarante-cinq ans, elle est célibataire et mère de six enfants dont elle ne connaît pas les pères, des clients de passage. Cette femme, qui a requis l'anonymat, vit actuellement au quartier Rex, à Pointe-Noire. Professionnelle du sexe depuis 1990,elle reçoit les clients chez elle ou loue une chambre. Ses enfants vivent ailleurs, car "il faut leur épargner ce vilain spectacle", dit-elle. À 500 Fcfa (0,76 €) la passe, elle gagne plus de 80 000 Fcfa (122 €) par mois ce qui lui permet de faire vivre sa famille. Elle parle sans honte de son métier : "Certains de mes parents le savent. La vie est un choix. Il suffit d’éviter les dangers dans la pratique de son travail."

Le plus grand danger est bien sûr le sida. "Nombre d’entre nous ont quitté cette terre à cause de ce métier. Et la première cause de ces décès est le VIH/sida. Mes collègues n’ont pas été prudentes : elles avaient des rapports non protégés et se livraient aux plus offrants", explique-t-elle.

Cette femme d'expérience au franc-parler a créé, en 2003, l’Association Cœur de l’océan (ACO) qui regroupe 58 professionnelles du sexe en activité. Pour leur parler, il faut passer par de nombreux intermédiaires, dont des agents de l’Unité départementale de lutte contre le sida (UDLS), branche locale du Conseil national de lutte contre le sida (CNLS). L'ACO, enregistrée comme une mutuelle d’entraide de femmes démunies, n'a pas de siège officiel. Tout se décide au domicile de sa responsable, "mère supérieure" comme l'appellent affectueusement et non sans humour les membres de l'association. "Pas de passe sans condom !"

Depuis 2003, ces femmes sensibilisent les prostituées de Rex et d’autres quartiers de la ville aux dangers des rapports sexuels pratiqués de "manière naturelle", selon l'expression de certains clients. "La vie est trop belle pour la perdre à cause de l’argent" est leur slogan. Elles parcourent la centaine de sites (bars, hôtels, etc.) fréquentés par ces femmes, qui, selon l’étude de décembre 2008 menée par le CNLS, seraient 1 634 à Pointe-Noire contre 1189 à Brazzaville. L'ACO passe chez elles et organise des réunions, distribuant au passage quelques préservatifs. L'objectif est, selon "mère supérieure", de "sensibiliser les collègues prostituées sur les infections sexuellement transmissibles, de leur donner le bien-fondé des méthodes contraceptives et bien entendu de les exhorter à renoncer à ce métier qui nous exclut et nous dépouille de la dignité humaine".

Aujourd'hui nombre des prostituées recensées à Pointe-Noire (1 108 mobiles et 526 fixes) ne jurent plus que par le slogan de l'ACO. "J’ai fini par comprendre l’importance de ce message le jour où nous avons été édifiées sur les modes de contamination du VIH/sida. Actuellement, on peut me proposer des millions pour une passe sans préservatif, je n’accepterai pas. Je l’ai fait par le passé, dans l’ignorance. Maintenant ça suffit !", lance Niclette, 20 ans, mariée et mère d’une fillette, "autorisée" à se prostituer par son conjoint… Venue de Kinshasa il y a deux ans, elle fait partie des "rôdeuses", les prostituées mobiles. À en croire Blanche, 15 ans, la prostitution serait "un boulot de transition vers le bien-être tant souhaité mais, nuance-t-elle, qui veut arriver au bonheur doit se protéger et être prudente."

Des clients confirment cette prise de conscience des prostituées. "Aujourd’hui, toutes craignent le sida et obligent au port du préservatif, constate dépité Albert, agent d’une société de gardiennage. Ce qui ne nous arrange pas en tant que clients, car nous sortons pour faire de nouvelles découvertes ce qui est impossible avec des préservatifs."

Pour la responsable de l'ACO, se protéger ne suffit pas. "L'essentiel, dit-elle, c’est d’arrêter le métier. Bien des collègues en rêvent mais aucune ne peut se le permettre étant donné les conditions de vie."

Du côté des pouvoirs publics, rien de concret ne semble encore fait pour les aider. "Nous les cherchons, explique cependant Anne Marie Mampouya Nkouka, directrice départementale de la promotion de la femme. Nous allons jusque dans les quartiers dits des prostituées comme Rex. Mais elles ne se manifestent jamais. Elles ne devraient pourtant pas se gêner, parce qu’il s’agit pour nous de voir comment favoriser leur réinsertion sociale." (FIN/InfoSud/IPS/2009)