ECONOMIE-MIGRATION: PNUD : "Un monde meilleur grâce à la migration"
Peter Dhondt BRUXELLES, 05 octobre (IPS) - La migration offre souvent beaucoup de choses aux migrants eux-mêmes, à leurs
proches restés au pays mais aussi au nouvel environnement qui les accueillent.
Le programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) réfute un certain
nombre d'idées fausses du public sur la migration et se lève pour réclamer la
réduction des restrictions actuelles sur les flux migratoires internationaux.
Les gens qui quittent leur patrie sont pour la plupart attirés dans des
endroits où ils espèrent avoir un revenu plus élevé. Mais ce flux est loin
d'être le seul qui se produit des pays en voie de développement vers les
pays riches. La plupart des migrants émigrent plutôt d’un pays en voie de
développement vers un autre pays en voie de développement. Les mouvements
migratoires dans le continent asiatique par exemple sont plus importants que
tous les flux migratoires vers l'Europe. Beaucoup plus de personnes
préfèrent également migrer au sein dans leur propre pays que de partir à la
recherche d’un autre pays. Le monde compte environ 214 millions de migrants
internationaux (dont environ 14 millions de réfugiés) et 740 millions de
migrants internes, précise le PNUD dans son rapport 2009 sur le
développement humain.
Trop pauvres pour émigrer
Ce ne sont pas les personnes les plus pauvres qui émigrent. Ceux qui sont
pauvres sont généralement dépourvus de compétences et de ressources
financières pour franchir le pas. De nombreux pays laissent difficilement
entrer des gens peu ou pas qualifiés sur leur territoire. Malgré les énormes
disparités de richesse, il y a aujourd’hui moins d’un pourcent de la
population africaine qui s’est établie en Europe. Même les pays les plus
riches paraissaient beaucoup plus à la recherche des couches les plus
aisées. La migration entre les pays riches est importante et les chiffres
indiquent que seulement 12 % des immigrés en Europe proviennent d'Afrique,
tandis que plus de 50 % des immigrés européens sont originaires de l'Europe
elle-même.
Une conséquence logique de ce fait est qu’il n’y a pas que les pays les plus
pauvres qui profitent de la migration. L'Union européenne a reçu nettement
plus d’argent en 2007 de ses propres émigrés que l’argent envoyé par les
immigrés de l'Union européenne à leurs proches. La France a reçu en 2007
environ 9 milliards d'euros, la Pologne 7 milliards d'euros, la Belgique 5,5
milliards (en raison du nombre élevé de sociétés et d’institutions
internationales en Belgique) et les Pays-Bas 1,7 milliard. Les pays
européens à partir desquels de nombreux migrants envoient de l'argent sont
l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la Suisse en particulier (ce dernier
pays n’est pas membre de l’Union européenne).
Dans le monde, c’est l’Inde qui profite le plus du phénomène migratoire avec
une entrée de plus de 24 milliards d'euros en 2007, suivi par la Chine (22
milliards d'euros) et le Mexique (18,5 milliards d'euros).
Des avantages pour tous
Les migrants sont d’abord à la recherche de travail mieux rémunéré mais ils
recherchent généralement une meilleure couverture sociale et de meilleures
chances d’éducation que dans leur pays d’origine. Dans une famille qui a
déménagé du Nicaragua vers le Costa Rica, la probabilité que les enfants
aillent à l'école primaire affiche une hausse de 22 %.
Ces avantages sont évidemment beaucoup plus réduits pour les 50 millions
d'immigrants illégaux dans le monde. Il est frappant de constater que dans
de nombreux pays où il existe des étrangers en situation irrégulière, il
existe une certaine tolérance pour ceux qui travaillent. Il s’agit d’une
indication que leur apport économique est nécessaire pour le pays mais de
nombreux gouvernements choisissent une approche qui maximisent les avantages
économiques des migrations tout en réduisant au maximum les droits de ces
travailleurs migrants.
Selon le PNUD, la préoccupation de nombreux pays estimant que les migrants
faiblement qualifiés originaires des pays les plus pauvres vont prendre des
places aux demandeurs d'emploi local, faire baisser le niveau des salaires,
occasionner une charge supplémentaire pour les services publics, est «
souvent exagérée ». Les effets négatifs sont "essentiellement petits et
restent souvent insignifiants". Par contre, les effets positifs sur
l'emploi, les investissements, les revenus de remplacement et l'intégration
sont généralement plus faciles que prévus.
Rendre la migration plus facile
L'organe de l'ONU appelle à faciliter les migrations et demande à ce que le
traitement des migrants soit amélioré afin d’accroître leur contribution. Le
PNUD propose d'inclure des travailleurs saisonniers dans l'agriculture et
dans le secteur du tourisme tout en leur proposant une meilleure protection.
Il faudrait également être plus souple dans l’attribution de visas pour les
travailleurs peu qualifiés. Des pays comme la Nouvelle-Zélande et la Suède
fournissent le bon exemple, selon l’organe international.
En outre, tous les pays d'accueil doivent faciliter les formalités
d'immigration et les rendre moins chères. Ils doivent aussi veiller à ce que
les migrants reçoivent un salaire égal pour des prestations égales avec des
conditions de travail décentes afin qu’ils puissent s'organiser. Les
décideurs devraient également investir davantage dans des mesures telles que
les campagnes anti-discrimination, l'intégration, les cours de langues afin
de promouvoir l'intégration des migrants et leurs familles.
L'augmentation des migrations vers l'Europe semble une nécessité. Sans
apport supplémentaire de personnes en provenance de l'étranger, le
vieillissement de la population active en Europe va croître de 23 % au cours
des 40 prochaines années.