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ELECTIONS-AFRIQUE DU SUD:
Jacob Zuma, un colosse aux pieds d’argile
Sabine Cessou

JOHANNESBURG, 17 avril (IPS) - (Syfia/InfoSud) - Acquitté de viol et libéré le 6 avril des charges de corruption qui pesaient depuis 2005 contre lui, le probable vainqueur des élections du 22 avril prochain est très populaire. Mais Jacob Zuma fait aussi peur, jusque dans les rangs de son propre parti. Il est surtout critiqué chez lui pour son manque de probité.


Umshini Wam, “Apportez-moi ma mitraillette”, un refrain tiré d’une chanson de la lutte contre l’apartheid, est devenu la marque de fabrique de Jacob Zuma. L’ancien vice-président entonne la chanson à chaque apparition publique, galvanisant les foules, en vue des élections générales (législatives et provinciales) du 22 avril. Ce couplet tranche avec le consensuel hymne national, Nkosi Sikele’I Afrika (Dieu bénisse l’Afrique), qui a rythmé toute la fin de l’apartheid et l’avènement au pouvoir de l'apôtre de la réconciliation, Nelson Mandela

La personnalité de Jacob Zuma, 67 ans, contraste singulièrement avec celle de Nelson Mandela, dont l’intégrité n’a jamais toléré le moindre compromis. Chef zoulou, exilé de 1975 à 1990, Jacob Zuma fut responsable du Congrès national africain (ANC) au Swaziland et au Mozambique, puis haut placé dans les services de renseignements du mouvement de libération nationale. Il a été au centre de plusieurs polémiques ces dernières années, acquitté lors d’un retentissant procès pour viol et soupçonné de corruption dans le cadre d’un énorme contrat d’armement passé en 1998. Les charges de corruption qui pesaient contre lui ont été levées le 6 avril, le procureur de la République estimant que des interférences politiques dans le processus judiciaire rendaient l’affaire impossible à juger.

Mise en garde

Nelson Mandela a fait une brève apparition pour soutenir Jacob Zuma, le 23 février, lors d’un meeting de l’ANC. L’ancien président, il est vrai, n’a jamais dévié de sa loyauté à toute épreuve à l’égard de sa famille politique. Ce qui ne signifie pas qu’il soit convaincu des qualités de présidentiable du candidat Zuma. Bien au contraire. Comme l’a rappelé le politologue sud-africain William Gumede dans son best-seller, Thabo Mbeki and the struggle for the soul of the ANC (Thabo Mbeki et la lutte pour l’âme de l’ANC), Nelson Mandela avait mis en garde son successeur, Thabo Mbeki, sur la faiblesse de Jacob Zuma, au moment de sa nomination au poste de vice-président, la voie royale pour accéder à la magistrature suprême. À l’époque, Thabo Mbeki n’envisageait pas de faire de Jacob Zuma son successeur. Il lui était surtout utile pour parachever la pacification du Kwazulu Natal, fief des nationalistes zoulous de l’Inkhata, une province minée par les violences politiques.

Il y a dix ans, Jacob Zuma n’était pas considéré, dans les rangs de son propre parti, comme un dirigeant à la hauteur des nombreux présidentiables que compte l’ANC. Mais il a néanmoins réussi à devenir le plus grand rival de Mbeki, au sommet de l’État. Poursuivi pour corruption, le vice-président a présenté cette procédure comme l’une des nombreuses manœuvres d’éviction de Thabo Mbeki. En mobilisant au sein de l’ANC contre l'ancien président, très critiqué pour son goût de l’intrigue, son aversion pour la culture du débat si caractéristique de l’ANC et surtout, sa politique économique résolument libérale, dans un pays miné par ses problèmes sociaux, Jacob Zuma s’est assuré un avenir. Ses défenseurs, réunis dans le puissant lobby Friends of JZ, le décrivent comme un "titan politique" n’ayant jamais perdu son calme dans la tourmente, ni le cap de ses ambitions nationales.

Légitimité historique et discrédit moral

Le Congrès pour le peuple (Cope), le parti dissident de l’ANC fondé en octobre 2008 par Mosiuoa "Terror" Lekota, ancien ministre de la Défense, ne le menace guère pour le moment. Fort de sa légitimité historique, l’ANC est encore certain de l’emporter, le 22 avril prochain. Au pouvoir depuis 1994, l’ANC n’a fait que renforcer son hégémonie lors des précédentes élections : il est passé d’un score de plus de 62 % des voix en 1994 à 64 % en 1999 et 66 % en 2004. Cette année, l’inconnue porte beaucoup plus sur le score du Cope et le taux d’abstention que sur l’issue du scrutin. Beaucoup de sympathisants de l’ANC n’ont pas envie de voter pour Jacob Zuma, un leader qui s’est moralement discrédité lors de son procès pour viol. L’ancien vice-président, en charge de la campagne nationale de lutte contre le sida, avait alors affirmé n’avoir pas pris de risques en ayant un rapport sexuel non protégé, puisqu’il avait "pris une douche après".

La popularité de Zuma, qui se mesure à l’aune de l’impopularité de Thabo Mbeki, n’est pas forcément un acquis solide. Ce dernier a quitté le pouvoir le 20 septembre 2008, à la demande de l’ANC, après un premier verdict de la Justice estimant qu’une influence politique avait joué dans la décision d’inculper Jacob Zuma. Son successeur, Kgalema Motlanthe, n’est pas candidat à la présidence. Les luttes de clans au sein de l’ANC n’ont fait qu’empirer ces derniers mois. Jacob Zuma a dû rassurer les milieux d’affaires, en promettant de ne pas dévier de la politique libérale jusqu’à présent poursuivie par l’ANC. Ce faisant, il a pris le risque de s’aliéner une partie importante de son principal soutien : les syndicats, qui réclament à cors et à cris une politique plus sociale dans un pays miné par le chômage, la pauvreté, la violence, le sida et maintenant, la crise financière mondiale.

(FIN/Syfia/InfoSud/IPS/2009)